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| La commune - Nout' volcan |

Que ce soit à Sainte-Rose ou à Saint-Philippe, personne n’imaginait qu’un jour le volcan sortirait de son enclos et pousserait autant de gens à l’exode. Bien qu’accrochés au flanc de la Fournaise, les habitants de ces quartiers pensaient dur comme fer être à l’abri des laves. Tout le monde semblait avoir oublié la dernière éruption du genre qui eut lieu à Saint-Philippe à la fin du 19e siècle. Il est vrai que la Réunion n’a guère connu de pareil phénomène volcanique au cours de son histoire. Jusque-là, seules cinq coulées s’étaient produites hors de l’enclos et du Grand-Brûlé depuis 1644, date à la laquelle remontent les premières données sur l’activité de la Fournaise. Le réveil va être brutal. D’autant qu’en 1977, un tel événement était difficilement prévisible. L’île ne disposait en effet pas d’observatoire pouvant suivre heure par heure l’activité du volcan. La surprise est donc de taille, lorsqu’une première fissure s’ouvre au-dessus du village de Bois-Blanc à Piton-Sainte-Rose dans la soirée du 8 avril. « Depuis quelques jours, le volcan se trouvait en activité. Une coulée était signalée au Nord-Est du cratère Dolomieu. Mais tout le monde a été pris de court en constatant qu’un cratère venait de se former hors de l’enclos. Je dormais, lorsqu’on est venu me chercher. Les habitants de Bois-Blanc avaient été alertés par une explosion. Il fallaient faire vite car les laves dévalaient à toute vitesse sur le village », raconte Alain Grondin, alors conseiller municipal. « C’était le vendredi saint. Les gens se préparaient à fêter Pâques », se souvient Alix Elma qui venait tout juste d’être élu maire. De sa maison, il aperçoit une épaisse fumée et une lueur rouge descendant de la montagne. Le préfet de l’époque décide aussitôt d’évacuer le village. Sous une pluie battante, des dizaines de familles sont transportées vers Piton-Sainte-Rose dans des camionnettes et des tracteurs réquisitionnés. « Le ciel était en feu. Les gens criaient. C’était l’exode. Chacun essayait de sauver ses biens. Ils voulaient tout emporter. Certains refusaient de partir sans leurs meubles et leurs animaux. Mais on n’avait ni le temps, ni la place de tout prendre. Le volcan était là. Il fallait prendre les papiers, quelques vêtements et partir », rapporte Alain Grondin. Au cours de cette nuit, 800 personnes sont évacuées.
UN MUR DE LAVE SUR PITON-SAINTE-ROSE Au matin, la nature opère une pause. La coulée, ralentie par les eaux en crue de la ravine de Bois-Blanc, se stabilise à un kilomètre du village. Les habitants de Sainte-Rose n’auront cependant guère le temps de souffler. Une nouvelle éruption se produit au-dessus de Piton-Sainte-Rose. « En milieu de matinée, un agent forestier est venu me prévenir que les laves se dirigeaient droit sur nous », raconte Alain Grondin. L’information s’avère vite exacte. Ce vendredi, un cratère vient de se former à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, juste en amont du village. La coulée ne tarde pas à se frayer un chemin à travers la végétation et atteint la route des Radiers en milieu d’après midi. Il ne lui reste alors que trois kilomètres à parcourir avant d’atteindre les premières maisons de Piton-Sainte-Rose. Un nouvel exode commence. « On envoyait les familles vers Sainte-Rose. Les écoles et les bâtiments publics avaient été réquisitionnés. Il fallait faire vite. La lave s’écoulait dans la ravine Lacroix à toute vitesse. Du toit de la gendarmerie, on la voyait avancer. C’était une rivière de feu. Sur son passage, les arbres s’embrasaient comme des torches », se souvient Alain Grondin. Certaines familles hésitent à quitter les lieux. « Mon mari voulait rester pour surveiller notre maison qu’on venait tout juste de finr de construire », raconte Marie-Augustine Nativoa.

L’ÉGLISE SAUVÉE DES LAVES Mais la lave avance inexorablement et rien ne semble pouvoir l’arrêter. « On entendait des explosions. Le maire et le préfet ont demandé aux gens d’abandonner leur maison. Mon mari voulait sauver quelques meubles. Les militaires refusaient qu’il rentre dans la case. Ils l’ont pris pour un voleur. Finalement, Pierre Lagourgue, alors président du conseil général, l’a reconnu. C’est grâce à lui que nous avons pu sauver quelques affaires. Avant de partir, on a lâché toutes nos bêtes », explique cette mère de famille. « C’était incroyable. Des familles partaient avec leurs enfants à pied et un simple balluchon pour tout bagage », rapporte Alix Elma. La coulée se trouve alors à moins d’un kilomètre du village. La lave s’est frayée un chemin dans la ravine Lacroix et dévale sur le village. Vers 22 heures, les flots bouillonnants arrivent à hauteur des premières maisons. « On entendait les animaux hurler et voyait les cases flotter sur le magma. Les gendarmes avaient toutes les peines du monde à repousser les curieux. Il régnait une étrange atmosphère. Une chaleur insoutenable se dégageait. A tel point qu’une canalisation d’eau a explosé », explique Alain Grondin dont la maison a été miraculeusement épargnée. Dans la nuit, la lave traverse le village sous le regard médusé de centaines de badauds et atteint la mer le dimanche de Pâques. « La mer était bouillante. Il n’y avait plus un poisson de vivant », rapporte Alain Grondin. La lave n’a pas le temps de refroidir qu’un nouveau cratère s’ouvre non loin du précédent. Le mercredi 13 avril, il faut à nouveau évacuer une partie des habitants de Piton-Sainte-Rose. Le danger est d’autant plus grand que cette fois-ci la lave se dirige vers le centre du village. En fin de matinée, la coulée atteint les premières maisons qui s’embrasent sur son passage. Seules celles qui sont en dur, comme la gendarmerie, le Crédit Agricole ou l’église résistent. Vers 19 heures, tout le monde est surpris par une explosion qui déchire le ciel. Le magma vient de recouvrir la station-service du village et s’approche de l’église, rebaptisée aujourd’hui Notre-Dame-des-Laves. Il n’ira guère plus loin. La roche en fusion ne fait en effet qu’obstruer les issues, sans véritablement pénétrer à l’intérieur de l’édifice religieux. « Il a fallu attendre encore une dizaine de jours avant que tout s’arrête », relate Alain Grondin. Piton-Sainte-Rose peut alors commencer à penser ses plaies. Le bilan est lourd : 33 maisons détruites et 290 hectares de terres agricoles recouvertes par les laves. « Une fois les coulées refroidies, la reconstruction a pu commencer. Fin avril, on a tracé un sentier sur le magma refroidi. La route, l’église, la gendarmerie et tous les bâtiments publics fûrent dégagés bien des mois après. Le cur de la coulée étaient encore chaud. Les pics des marteaux-piqueurs se sont cassés plusieurs fois », se souvient Alix Elma. Une collecte est même organisée pour venir en aide aux sinistrés qui, pour la plupart, ont trouvé refuge dans des tentes installés à l’école de Sainte-Rose. Reste que leur sort ne laisse pas insensibles les Réunionnais. Le préfet demande même aux communes de prélever 10% sur leurs crédits-chômage et de les reverser à Sainte-Rose. « La plupart des travaux ont été effectués par des chômeurs de la commune », explique le maire. C’est notamment ainsi que le lotissement Lacroix peut sortir de terre un an après cette fameuse éruption. Seules huits familles refusent de revenir s’installer au pied de la Fournaise. Quant aux autres, elles espèrent tout simplement ne plus avoir à revivre un tel cauchemar.
Source : clicanoo
Mis à jour (Vendredi, 11 Septembre 2009 13:34)
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